Je déteste le mois d’août

L’autre jour j’étais agacée de la vie et j’avais envie de me faire du bien alors j’ai appelé mon pote Gab au téléphone histoire de prendre ses nouvelles et discuter un peu musique et projets en cours. La première chose qu’il m’a répondu quand je lui ai demandé comment ça va, c’était:”Bof…c’est le mois d’août, je trouve ça nul” et mes 28 ans de solitude se sont arrêtés comme ça d’un coup: enfin un être semblable. Je ne suis pas seule! Je savais qu’il y a d’autres gens qui ne peuvent pas se saquer le mois d’août et j’en ai enfin la confirmation.

Je crois que de tous les gens qui détestent le mois d’août, la plupart lui reproche la météo. Tout est sec, il fait chaud, c’est lourd, on se lève le matin avec les crottes de nez desséchées, ce qui me donne la nostalgie des beaux lendemains de soirée lointains, la gloire du début des années 2010 aka l’âge d’or de la déshydratation par l’alcool, une époque vécue avec le poppers sur la table de chevet…
Bref, en août il fait trop chaud. 

Après, j’imagine qu’il y a toute une réflexion à faire à propos du fait qu’août est chiant aussi parce que Lyon se vide et qu’il n’y a quasiment pas de soirée, mais août 2020 n’est pas un août comme les autres: dans l’ère Covid des gestes barrière, j’ai vraiment la flemme de parler humanité dans ce blog. C’est trop compliqué. Entre mes copines qui me racontent que depuis le déconfinement elles se font emmerder dans la rue encore pire qu’avant et toutes les infos angoissantes qu’on reçoit tout le temps, les complotistes dans mon feed et la crise économique et les élections américaines et les explosions inattendues et tous les morts, les violences, les gens qui pètent un plomb, tous les excellents memes qu’il faut processer en une seule journée…je préfère laisser l’humanité en dehors de tout ça, c’est une angoisse à part. Disons que cette époque est en train de me faire flipper de ouf et qu’au mois d’août tout est accentué par le fait que le temps semble ne jamais passer, pendant 30 interminables jours. Je ne sais pas si vous voyez de quoi je parle. Mais tout est méga-lent au mois d’août et ça a un goût de mort. Moi, ça m’énerve. Enfin, si j’étais en vacances et sans la moindre préoccupation, ça ne me dérangerait pas – tant qu’il y a du mojito – mais depuis quand je n’ai pas expérimenté le “sans la moindre préoccupation”? Ça date. Et vous???

En fait, en me demandant ça, je me rends compte que je me souviens d’absolument tous les putains de mois d’août depuis mes 7 ans. Cette prise de conscience m’a surprise et j’ai dû m’arrêter une bonne demi heure entre le paragraphe précédent et le présent, pour remettre en ordre toute cette archive de mois d’aoûts de ma vie et tirer un bilan. Et je suis sur le cul de me rendre compte que la plupart des traumatismes qui font qu’aujourd’hui je suis la personne que je suis, les pires trucs de ma life sont arrivés quasiment tous pendant le mois de fucking août.  C’est incroyable.  Mois d’août 1997: j’explore une cabane abandonnée avec ma copine des vacances et on retrouve sous les lattes d’un canapé pourri une belle collection de magazines porno. Ilaria m’explique que c’est comme ça qu’on fait les enfants et je suis traumatisée à vie – ok ok: seulement jusqu’aux 14 ans.  Je me souviens que cette découverte m’avait choquée, et que je m’étais sentie fautive. Que je ne pouvais plus revenir en arrière. J’ai porté la faute de cette découverte en moi, la culpabilité que ça allait avec. Depuis, plein de choses ont décidé de me choquer pendant les mois d’août successifs. Je pourrais écrire un livre sur ça, mais j’attendrais d’être déjà une écrivaine de best-sellers pour le publier, quand quelqu’un sera enfin disposé à payer 25 euros pour mes anecdotes autobiographiques et surtout après que mes parents seront morts.

Il y a dix jours quelqu’un a dit dans une conversation en terrasse en pleine canicule: “Moi les vacances j’aime pas, ça m’emmerde plus qu’autre chose” et là aussi je me suis sentie moins seule. C’est vrai que les vacances, ça ne me détend pas. Ou alors ça dépend quelles vacances, parce que chacun a sa notion de “vacances cools”. Pour moi les vacances détente c’est partir seule une petite semaine dans une ville inconnue et explorer. Ratisser les librairies, découvrir l’histoire locale, aller à un festival. Ou alors partir faire des randos – mais dormir dans un lit parce que le camping me rend absolument infecte.  C’est même pas que j’ai un truc contre le camping, j’ai juste un gros traumatisme. La dernière fois que j’ai été en camping, j’étais avec mon mec qui venait de me tromper avec une de mes copines et je n’étais pas au courant. J’ai fait la descente en kayak des gorges de l’Ardèche pépère avec ce con qui essayait de se dissocier pour supporter la situation. Depuis, je suis grave triggered par les tentes, le kayak et la nuit de la Saint Jean. Et c’était quand ça? C’était pendant un mois d’août. C’est une malédiction. J’avais dit que j’allais pas écrire mon autobiographie ici, mais quand même: ma première histoire d’amour, j’avais onze ans et on est resté ensemble toute ma sixième. On s’envoyait des textos et on se faisait des bisous dans les toilettes de la crypte de l’église de mon village avant mes cours de solfège. Il m’a largué quand? Au mois d’août, quand j’étais en vacances avec ma famille pendant un mois dans une pinède où il n’y avait jamais de réseau et que je devais me mettre toujours dans le même point à 500 mètres du camp pour pouvoir passer un appel et lui demander pourquoi, pourquoi?! On s’aimait tant, il était mon amour, j’étais son coeur – et lui qui se foutait de ma gueule de l’autre côté, sur son canap avec son pote débile pendant qu’ils jouaient à la play. Un autre mois d’août bien vécu.

Il y a aussi des trucs cools qui me sont arrivés au mois d’août, mais je crois qu’ils passent à trav, à côté de tous les traumatismes. Je ne comprends toujours pas pourquoi pour certaines personnes c’est beaucoup plus facile de se souvenir du positif alors que d’autres retiennent plutôt le négatif. Moi, je suis de la team qui voit le mal partout, et je dois lutter contre ça, parce que si je m’abandonnais complètement à cette attitude cynique je ne serais plus de ce monde depuis un moment, ou alors je serais constamment ivre pour le supporter. Malheureusement, mon corps ne supporte plus vraiment l’alcool et je suis obligée d’affronter l’horreur contemporaine à peu près consciente. C’est con, j’ai toujours dit que je serai partie à 27 ans, mais comme je n’ai toujours pas pop je suis obligée d’attendre. Jeune ou vieille, je veux mourir riche et célèbre. En même temps, je n’ose pas imaginer vieillir. J’ai pas envie d’assister au déclin de la civilisation ET de mon corps simultanément. C’est peut-être que je vois le mal partout, mais comme c’est parti les mois d’août de l’avenir s’annoncent pire que les passées et rien que de me dire ça, ça me fout l’angoisse – bref, je divague: je disais qu’il y a des trucs cools qui se sont passés au mois d’août quand même. C’est au mois d’août que je suis arrivée à Lyon il y a 8 ans et sans ça, je ne serais pas en train d’écrire un livre aujourd’hui. En espérant ne pas devoir regretter ça aussi le jour où j’essayerai de le faire publier.

N’empêche, août manque gravement de fun, l’ambiance y est molle et j’ai hâte que Septembre arrive. J’aime bien Septembre.

Il y a 12 ans aujourd’hui j’ai vu RATM en concert

et j’ai même pas une photo pour le prouver

Comme le titre de mon blog “Je ne sais pas vivre” l’indique, j’ai commis pas mal d’erreurs dans ma vie et pourtant, il n’y a pas beaucoup de choses que je regrette vraiment! C’est peut-être parce que d’habitude j’attends assez longtemps pour que mes conneries finissent par révéler un revers positif insoupçonné. Mais quand ce n’est pas le cas? Alors, je suis bien obligée d’admettre que j’ai fait de la merde.

Une des ces rares choses que je regrette et regretterai toujours, c’est sans doute la négligence que j’ai montré par le passé vis-à-vis de mes anciens disques durs. Je pense surtout à la tour de mon vieil ordinateur que j’ai laissé chez mes parents quand je me suis barrée d’Italie. Un jour, j’aurai récupéré ce qu’il y avait dedans, je me disais. Depuis, j’ai eu sept ans (SEPT ANS!) pour aller la chercher et m’occuper d’extraire mon archive de photos, mais je ne l’ai jamais fait. Résultat: mes parents ont vidé la cave et à l’heure où j’écris LE disque dur avec toute mon adolescence dedans se trouve probablement quelque part dans une décharge abusive de la camorra.

Je regrette le sort de ce disque dur. J’ai mis du temps à accepter de dire au revoir aux souvenirs qu’il contenait: les sorties avec les copines, mes premières nudes, et surtout, tous les souvenirs des premiers concerts auxquels j’ai assisté. Ça, ça me fait toujours mal au coeur et je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qu’il se passerait aujourd’hui si j’avais agi autrement. Si je n’avais pas procrastiné mon backup, aujourd’hui je pourrais aller piocher une belle photo dans mes archives en toute simplicité et la poster en écrivant: « Wow! Regardez: il y a 12 ans aujourd’hui j’ai vu Rage Against The Machine! » – MAIS NON: je n’ai plus aucune photo de ce jour là et le seul moyen de pouvoir récupérer ces images serait de demander à mon ex si par hasard lui il aurait ces photos quelque part. MAIS NON: je ne vais pas faire ça, car une autre des rares choses que je regrette vraiment c’est d’avoir permis à ce connard de gâcher deux ans de ma vie, alors pas question de lui demander un service quelconque. Du coup, cette intro c’était juste pour dire qu’il y a douze ans aujourd’hui, je voyais Rage Against The Machine sur scène et même si je n’ai pas de belles photos de ce jour là à vous montrer, j’ai envie de vous raconter cette journée qui restera gravée à jamais dans ma mémoire, même sans support visuel.

Toutefois, c’est dommage que vous ne puissiez pas admirer mon look flamboyant d’ado perturbée, alors essayez d’imaginer: cheveux courts couleur violine, jean gris délavé déchiré aux genoux et décoré avec des paroles de chansons écrites au marqueur, ceinture cloutée, t-shirt Nirvana coupe DIY et grosses DC rose et noires au pieds. Ce n’est probablement pas ce que je portais ce jour là précisément, mais ça vous donne une idée de la gueule de mon dressing. À seize ans j’étais en mode fuck everything and most of all  myself et j’assumais ma vision anarchique du style: j’avais l’habitude de porter au moins trois chaines au cou et une couche épaisse de bracelets à chaque poignée, composée surtout des lacets de Chuck Taylor Converse All Stars et de bijoux en cordelette tressés par mes soins, que je mettais surtout pour cacher mes tentatives d’automutilation après avoir vu Thirteen. Mais on parlera des joies de se couper au rasoir une autre fois, maintenant on retourne au 14 Juin 2008, quand en exhibant sur mon corps tout le malaise vestimentaire de ma génération, j’avais l’oreille collée à mon Nokia à clapet et j’attendais qu’on décroche de l’autre côté.

« Elle répond pas », j’avais annoncé à G et L, respectivement mon petit copain de l’époque (qu’il soit maudit!) et un bon pote du lycée. On était sur le quai, gare de Milano Centrale, et on attendait le train qui allait nous amener à Modena, à ce concert qu’on n’aurait jamais cru pouvoir vivre un jour. I mean, Rage Against The Machine! Avant, c’était juste l’énième groupe trop bien que je n’aurais jamais vu jouer parce que j’étais née à la mauvaise époque. Ça me foutait le seum quand je pensais à tous les artistes que j’avais loupé à jamais – surtout ceux qui étaient morts car eux c’était sûr qu’ils allaient pas ressusciter pour un reunion tour.

Puis, un truc magique s’était produit, un truc auquel personne ne s’attendait et pour lequel on doit paradoxalement remercier la présidence Bush: Rage Against The Machine avait annoncé sa réunification ET un tour, le premier depuis leur séparation en 2000, séparation advenue pile le jour de mon anniversaire (c’est vraiment vrai! 18 Octobre 2000, alors que je fête mon 9eme anniversaire avec toute l’insouciance du monde, Zack De La Rocha se casse de RATM – c’est trop une coïncidence de fou pour ne pas l’inclure dans le récit). Ma réaction au début avait été WTF?! Pour de vrai?  Et il y a un tour?!  Et quand les dates du tour avaient été annoncées, j’avais demandé à mon père de passer au bureau de tabac en rentrant du boulot pour m’acheter un ticket pour la seule date italienne. Le cul qu’on a eu! Il n’y a pas grand monde qui veuille venir jouer en Italie, et je ne sais pas pour quelle raison exactement, mais sincèrement vu à quel point rien ne fonctionne chez moi, ça ne m’étonne même pas.

Anyway, j’attendais ce jour là depuis des mois: c’était le premier weekend après la fin des écoles et sincèrement, je ne pouvais pas imaginer un meilleur début de vacances d’été. Je veux dire: Rage Against The Machine! Qu’on me frappe avec une saucisse, c’était juste incroyable! On était donc là, avec G. et L. au quais 17, avec nos sacs Eastpak sur les épaules et on attendait P, qui ne répondait pas au téléphone. P. était ma meilleure amie du lycée. On était dans la même classe, on aimait les mêmes musiques, on s’échangeait nos t-shirts Emily The Strange et l’été d’avant, son frère avait accepté de nous amener avec lui au Gods of Metal, le premier festival de musique de ma vie (où j’ai vu Korn, Ozzy Osborne et beaucoup d’autres et bien évidemment, ces photos là étaient aussi dans le fameux disque dur putain de merde).

« Je suis malade, j’ai mal au ventre, je ne viendrai pas. Amusez-vous sans moi! », c’était le texto que j’avais reçu après ma troisième tentative d’appel dans le vide. Je savais que quelque chose ne tournait pas rond: on ne renonce pas comme ça à un truc pareil, à une occasion pratiquement unique dans la vie! On gobe sa demi-boîte de Smecta et on sort conquérir le monde! Mais les portes du train venaient de s’ouvrir et le temps de monter, de choisir une place et réaliser encore une fois qu’on allait vraiment aller voir Rage Against The Machine le soir même, j’étais déjà passée à autre chose. De toute façon, elle n’avait pas décroché au téléphone. Trois fois. Donc, elle n’avait visiblement pas envie de parler, alors je l’aurais appelée le lendemain. 

Aller aux concerts dans une autre ville reste une de mes activités préférées, même si je le fais beaucoup moins souvent qu’à cette époque là. Mon corps a désormais atteint sa limite de tolérance à l’inconfort général de la routine festivalière, mais à 16 ans tout est une aventure excitante. La queue à l’entrée, la poussière, la chaleur, la queue pour les toilettes, les toilettes, la fidèle couche de crasse sur la peau, produite par le mélange de tous ces éléments que je viens d’énumérer…tout fait partie de l’expérience et il y a aussi tout un tas de rituels! Le premier étant l’incontournable étape préliminaire du supermarché. C’est important. Il faut des ingrédients frais et de qualité, parce qu’un italien n’oublie jamais de bien manger et ne néglige aucun repas. 

On était arrivé à Modena en fin de matinée, et notre première mission était donc trouver l’Esselunga (enseigne de supermarché italien) local et choper de quoi se nourrir à midi. On avait consommé nos panini al prosciutto assis sur le béton du parking comme la tradition le veut et on était ensuite parti faire un tour dans le centre ville, en attendant l’ouverture des portes. Modena est une très joli ville, allez-y faire un tour à l’occasion, avant la fin du monde (qui approche, n’est-ce pas, 2020?). Vers seize heures on avait enfin pu entrer au stade Braglia. Évidemment la scène était vide, mais comme il faisait chaud et que la bière était pas chère, j’étais déjà bourrée quand la première partie, Gallows – groupe punk hardcore britannique – avait commencé. Alors pendant le concert de Linea 77 – un groupe punk hardcore de Turin – qui avait suivi, j’avais bu une grosse bouteille d’eau pour redescendre. J’avais été trois fois aux toilettes en deux heures mais  comme je disais toute à l’heure: à 16 ans rien ne me faisait peur.

Je me demande toujours comment marche vraiment la mémoire. Comment le cerveau décide ce qu’il va retenir et ce qu’il va jeter à la poubelle? Je me souviens énormément de trucs anodins de cette journée du 14 Juin 2008 et en même temps, j’ai dîné 365 jours par an pendant 19 ans avec ma famille et je n’ai que quelques flash de souvenir non spécifique par rapport à ce rendez-vous quotidien partagé avec les gens les plus chers de ma vie. Ne le dites pas à ma mère, elle aime trop me répéter que je suis une égocentrée sans coeur.

Mais revenons à nous. Je me souviens que après avoir été aux toilettes pour la troisième fois, je venais tout juste de rejoindre mon petit copain G et de l’embrasser, quand j’ai entendu une sirène. En me tournant pour voir ce qu’il se passait, je m’étais aperçue que la scène était plongée dans le noir.  Les gens poussaient des cris et la sirène continuait de sonner. C’était beau à voir: le soleil venait à peine de se coucher et le ciel était d’un bleu intense, encore clair à l’horizon. On savait qu’il ne s’agissait pas d’un alarme, que cette sirène faisait partie du show. Toute l’attention était maintenant sur la scène. Avec les lumières éteintes, on ne distinguait pas grande chose là-dessus, mais après quelques minutes de suspense, quatre personnages en combinaison orange avaient fait leur apparition au centre. Des phares s’étaient allumés et étaient maintenant pointés sur eux. On comprenait enfin mieux ce qu’il se passait: les personnages avaient une capuche noire sur la tête cachant l’intégralité de leur visage, des sacs fermés autour du cou. « Ce sont les prisonniers de Guantanamo! » quelqu’un avait crié dans le public pas loin de nous. Le cri perçant de la sirène continuait de sonner, pendant que des instruments étaient apportés aux quatre silhouettes orange: une guitare, puis une basse…l’un après l’autre, chacun des quatre personnages s’était dirigé à son poste et juste avant que la sirène s’éteigne, le début d’un riff bien connu avait commencé, en provoquant une explosion de hurlements. C’était Bombtrack et je m’en souviens comme si c’était hier. En écrivant ce blog, je me suis dit que c’était quand même dommage de ne pas avoir de photo de ce jour là à partager. Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas y penser avant, mais merde: Youtube! En voyant cette vidéo que je vous mets ci-dessous, je me dis que j’ai peut-être perdu mon disque dur à jamais, mais je peux au moins remercier mon cerveau de ne pas avoir oublié cette journée inoubliable d’il y a douze ans.

https://www.youtube.com/watch?v=b59VWP2WSaM

C’était un concert mémorable. Tom Morello avait balancé sa guitare dans le public. On avait essayé de voir sur qui elle avait atterri et si quelqu’un allait repartir vraiment avec, mais on était trop loin. Le concert terminé, fatigués, sales, ivres et heureux, nous étions sorti avec la foule et nous avions rejoint la grande marche collective vers la gare du train. Comme beaucoup d’autres, nous allions passer la nuit sur le sol en granit de la salle d’attente, en attendant le premier train du matin. J’ai dormi par terre blottie contre G et je repensais enfin à P. Je ne savais toujours pas ce qu’il s’était passé, pourquoi vraiment elle n’était pas venue. C’était dommage. J’aurais bien passé cette journée avec elle, à ce concert qu’on avait tant attendu. Mais j’allais découvrir le lendemain quelle était la raison de son absence. P. avait reçu un appel du lycée. Ils lui avaient annoncé qu’elle allait redoubler l’année. À la rentrée, elle avait changé d’école et assez rapidement, on a fini par s’éloigner. Je me demande si aujourd’hui elle regrette avoir loupé ce concert…dans tous les cas, Rage Against The Machine a annoncé un nouveau tour et si le Covid19 le veut bien, elle aura peut-être une deuxième fois. Cette fois il faut probablement remercier la présidence Trump…