JOYEUX ANNIVERSAIRE CONNASSE

J’ai 29 ans aujourd’hui et c’est sans doute le pire anniversaire de ma vie.
Je suis isolée à la maison avec le covid (bon il y a mon mec aussi, heureusement) et mon repas d’anniversaire sera constitué d’une soupe en carton réchauffée, parce que de toute façon j’ai perdu le goût et l’odorat, alors manger un truc bon c’est du gâchis.

Voilà, pareil.

Un anniversaire est le moment parfait pour penser à la mort et on pourrait dire que c’est mon anniversaire tous les jours depuis quelques semaines.
Je pense à la mort souvent, mais si d’habitude c’était angoissant, depuis quelques temps je me sens rassurée de savoir qu’elle approche. Je me fais sérieusement chier. J’ai pas envie de vivre dans ce monde de merde et je suis plutôt soulagée à l’idée qu’un jour ce sera enfin terminé pour moi. Surtout depuis qu’ils ont fermé ma salle de sport et que je ne peux plus prendre des cours de danse, j’ai les nerfs à fleur de peau. Je pense à tous les malaisé.es comme moi qui tiennent bon sur cette terre grâce à la bougeotte et à la musique : on n’a plus de concert, plus de clubbing, maintenant plus de salle de sport ni de vie après 21 heures. Heureusement que je peux encore me droguer, vu la nécessité d’oublier à quel point vivre est devenu chiant.

Comme cette politique de gestion du covid semble revigorer mes instincts suicidaires, ma psy m’a proposé de reprendre une thérapie pour pouvoir me sentir un peu mieux, mais je lui ai dit que non merci.
« Vous allez faire comment, alors ? » elle m’a demandé.
« Comme je faisais avant vous : je vais me complaire dans mon malaise » je lui ai dit. Allô ? Ce monde est foutu : à quoi bon vouloir être constructive dans cette ambiance? J’ai la flemme d’être une bonne personne. Qu’on me foute la paix, je vivrai cette décadence à fond et je ne paierai pas 60 balles la séance pour essayer de donner un sens à ma vie. Je vais mettre cet argent de côté petit à petit et me payer un tatouage géant à la fin de tout ça. Je vais me démerder comme je peux et – comme dans tout ce que je fais – sans aucune pudeur ; la flemme d’aller mieux! Je vise plutôt à être en harmonie avec le monde et le monde aujourd’hui ça craint.

Mon organisme m’a prise au sérieux avec cette histoire d’embrasser la décadence, parce que peu après avoir tenu ces propos j’ai eu la première poussée de fièvre, et le soir même j’étais malade comme un chien. Mais ça va mieux depuis quelques jours. Finalement le seul symptôme que j’ai en ce moment, c’est ce truc de ne pas sentir ni les odeurs ni les goûts. Le nez, c’est vraiment zéro. Je ne sens absolument rien, ce qui est aussi bizarre comme sensation que dangereux comme délire : le premier jour j’ai brûlé ma semoule sans m’en apercevoir. La maison pourrait prendre feu, je ne le saurais même pas ! J’ai mangé quand même ma semoule, parce que de toute façon je ne sens pas le goût, et le niveau de tristesse que j’ai pu atteindre en mangeant de la semoule cancérigène m’inquiète bien plus que le danger en soi. Dans tous les cas, tant que les choses ne seront pas revenues à la normale, pas de feu pour moi : je vais m’en tenir aux soupes chauffées au micro-onde, assaisonnées avec mes larmes. Ça sera plus safe.

Mais même si ça me fait plaisir de me plaindre, j’ai pas ouvert cette page uniquement pour râler. À la base je voulais raconter un truc précis, parce que cet anniversaire de merde finalement m’a fait penser à un autre, qui avait été aussi merdique mais dans d’autres circonstances. Ça remonte exactement à il y a dix ans, je ne pourrai jamais oublier cette soirée. Alors voici l’histoire de mon dix-neuvième anniversaire.

Normalement c’est pour ses dix-huit ans qu’on organise une grosse fête, valeur symbolique impose : c’est l’année du permis, de pouvoir « enfin consommer de l’alcool » (j’effleurais le coma éthylique tous les week-end depuis les débuts de l’adolescence mais bon), etc. mais je n’étais pas d’humeur à organiser une grosse fête pour mes dix-huit ans car je faisais une grosse dépression post-rupture et j’avais envoyé chier tous mes amis (ils continuaient de sortir avec mon connard d’ex). Pour mes dix-huit ans je suis donc allée manger au restaurant avec mon nouveau petit copain et après on a baisé à l’arrière de sa Clio, dans les champs.
C’était sympa, mais ça manquait de glamour, alors l’année suivante j’avais toujours cette frustration de ne pas avoir organisé de grosse fête pour mes dix-huit ans et j’ai donc décidé d’en organiser une pour mes dix-neuf.

J’ai loué la salle des fêtes de la Villa Cabella, une grosse villa de campagne du XVIIe- XVIIIe, en payant en partie avec les trois sous que je gagnais en bossant comme serveuse au black, en partie avec de l’argent que j’avais eu pour mes dix-huit ans. J’avais donc quelques centaines d’euros en espèces dans les mains et j’ai décidé que la meilleur façon de les dépenser, c’était de louer une salle et d’y faire une teuf pour moi avec tous mes amis. Les locaux n’avaient rien de spécial. C’était une vieille villa. On entrait par un énorme portail en bois et on avait une cour intérieure, puis à l’intérieur une entrée, une cuisine dans laquelle j’ai tout de suite visualisé le bar, et puis une autre salle, grande, où j’aurai sûrement placé les djs. Les toilettes se trouvaient au fond de cette salle. Il y en avait un seul, évidemment, parce que c’était une villa ancienne et pas un établissement nocturne, mais dans ma tête, ça allait être la discoteca quoi.

J’ai donc loué la salle avec deux mois d’avance, avec un projet ambitieux en tête : je voulais un open bar. C’était ça le vrai défi, car je n’avais pas masse de budget – en fait j’avais tout mis dans la location – mais je me disais que j’allais trouver un moyen. Déjà je n’avais pas à payer les djs parce que mes potes ne demandaient qu’à poser leur platines quelque part et à passer du hardcore hollandais alors voilà, c’était déjà ça d’économies. J’ai calculé, avec l’aide de mon cousin qui était gérant de bar, que pour réaliser le projet de l’open bar il me fallait au moins 800 euros (mon cousin allait me faire passer mes courses sur son compte pro à Métro).

Les choses ont bien changé en dix ans.

J’allais faire payer les entrées. 10 euros. C’était cher mais finalement j’en ai vendu 80. J’ai donc payé l’open bar avec l’argent des entrées et j’ai dû dépenser quelques sous de ma poche pour payer « la sécurité » et le bar – c’est à dire une copine qui serve à boire et s’assure que les gens ne pillent pas l’open bar, et mes deux amis Roberto et Marcus, un sicilien et un brésilien carrés comme des frigos, pour qu’ils fassent les videurs. Ils se sont pointés à l’avance, en dress code : jean et chemise noire, cravate rouge et crâne rasé.

Mais faisons un pas en arrière parce que voilà, même avant je pouvais déjà imaginer que quelque chose d’horrible allait arriver : j’étais en train de faire un truc assez énorme. Réunir une centaine de personnes à un endroit et festoyer toute la nuit. Il y avait un million de trucs qui pouvaient se transformer en tragédie dans ce scénario. Des accidents, des imprévus…mais j’allais avoir dix-neuf ans et vous savez, à cet âge-là : nique. Nique tout, on s’en bat les couilles. Mon angoisse n’était pas aussi aiguisée qu’aujourd’hui.

Du coup j’ai invité tout le monde. Et quand je dis tout le monde, c’était vraiment tout le monde. Sans trop réfléchir. Et ça s’est vite vu. J’ai invité des gens qu’il ne fallait pas qu’ils se retrouvent dans la même pièce, d’autres gens que je ne connaissais pas très bien, j’ai invité des gens du lycée, mes collègues de taf, mon groupe historique de potes de mon village, les potes de mon mec, des groupes de clients des deux bars dans lesquels je bossais…Au milieu de la soirée, Roberto est venu me demander pourquoi j’avais invité deux bandes rivales et je ne savais même pas de qui il parlait (les clients des bars où je bossais étaient des gens louches).

Mais revenons en arrière. Bref, j’ai fini les préparatifs : j’ai la salle, le son, l’open bar, les invités et l’outfit. C’est le jour J et avec mon petit copain (toujours le gars de la Clio, on était ensemble depuis plus d’un an désormais) on va à la Villa Cabella installer les trucs pour la fête. Les platines, le bar – il y a pas beaucoup de déco parce que vraiment, il n’y avait pas le budget et puis on était des adultes, alors voilà pas besoin de conneries (j’ai changé d’avis aujourd’hui ! La déco est fondamentale).
Vers 21 heures, les gens commencent à arriver. C’est cool. On se fait la bise, on prend les nouvelles, je n’ai pas vu certaines personnes depuis longtemps. Puis voilà, je ne peux pas être avec tout le monde, alors je vais parler avec des gens à droite et à gauche et j’arrive au bout de quarante minutes à me servir enfin un verre. Il n’est que 22 heures trente quand un pote vient me chercher parce que quelqu’un a vomi sur le porte-manteau. Je vais voir et en effet, un de mes potes du lycée, un punk avec une crête bleue, avait vomi en spray sur le porte manteau, donc sur absolument tous les manteaux des gens.

J’ai dit au revoir à mes potes qui ont embarqué le vomisseur et sont rentrés le coucher et j’ai cherché, en vain, mon petit copain pour qu’il m’aide à nettoyer les manteaux, mais je ne l’ai pas trouvé. Je l’ai cherché partout dans les locaux : dans la cour, sur le dancefloor, dans les toilettes : rien. J’ai dit à ma meilleure amie d’essayer de le retrouver et je suis allée dans les toilettes pour essayer de nettoyer les manteaux mais il n’y avait rien pour ce faire, pas une éponge ni une serviette, alors j’ai remis la montagne de manteaux sur le porte-manteaux et je suis partie à la recherche d’une éponge. Avec la fille du bar j’ai trouvé un bout de tissu dont je me suis servie pour nettoyer la dizaine de manteaux couverts de vomi.

Ça a duré un moment, mais quand j’ai fini avec le vomi, je suis retournée vers les autres gens et là, je me suis rendue compte qu’on était nombreux. Il y avait des gens partout! C’était fou. Je me suis demandée si les voisins n’allaient pas se plaindre du bruit, mais il était tôt et à ce qu’on m’avait dit, ici il y avait toujours des fêtes et les gens avaient l’habitude. Mes potes aux platines mettaient du gabber dans une salle vide. Tout le monde squattait vers le bar et dans la cour.

La Villa Cabella à Annone Brianza

Il y a mon crush aussi à cette fête. Mon petit copain était toujours introuvable, alors je discute avec mon crush impunément et je me dis que même si mon petit copain revient, je ne suis pas sûre que ça dure longtemps (spoiler alert : ça n’a pas duré longtemps, je l’ai quitté deux mois après). Le vomi m’avait plombé le moral tout à l’heure, mais rigoler avec mon crush c’était cool. Finalement c’est peut-être une soirée avec des hauts et des bas, je me dis, mais non : c’était une vraie soirée de merde, parce que suite à ça, et presque simultanément, il se passe cela:

deux gars commencent à se mettre sur la gueule avec mes potes les videurs, quelqu’un casse la vitre de la douche dans la salle de bain et personne ne semble savoir qui est le ou la responsable, les gendarmes sont dans la rue et toquent à l’énorme portail, mes potes du lycées tous bourrés vont discuter avec eux. J’arrive pour essayer de soustraire mes potes bourrés des serres de l’autorité et j’y parviens, mais je suis moi-même trop bourrée pour pouvoir gérer les flics, alors quelqu’un d’autre – je ne me souviens plus qui – prend le relai .

Moi, par contre, je suis au bout de ma life, je gueule à tout le monde de se casser, sauf à Roberto, mon videur et meilleur ami. Marcus a disparu depuis longtemps, il était plus bourré que les gens qu’il fallait qu’il surveille.
Les gens ont assisté à mon breakdown public, les larmes aux yeux et la voix cassée : « Cassez-vous putain ! » je hurle, et ils partent. Il est une heure du matin. Je suis comme Britney en 2007. Même les flics se sont tirés tellement je fais peur.

Je suis restée nettoyer les locaux toute la nuit, j’ai passé la serpillère trois fois et toutes les trois fois, l’eau était noire. Vers quatre heures mon petit copain est réapparu, accompagné de son meilleur pote, qui m’a expliqué que mon chéri avait trop bu et il était toujours mal. Mon inutile petit copain est resté recroquevillé à côté du radiateur jusqu’à dix heures du matin pendant que je faisais le ménage et je l’ai maudit mentalement tout du long.
J’ai vidé le dernier seau d’eau dans la cour intérieur alors que le soleil se levait. On s’est cassé de là, j’ai ramené mon mec chez lui et je suis rentrée chez moi, vingt kilomètres plus loin dans ce Royaume des Ténèbres qui est la Pianura Padana, en sachant parfaitement que j’avais perdu ma caution à cause de la vitre cassée dans la salle de bain. Et bien évidemment, je puais le vomi.

J’ai eu des retours de cette fête pendant longtemps. Quelques années après, on est enfin venu me cafter qui avait cassé la vitre de la salle de bain – je ne dirai pas son nom. On m’a raconté qu’on a dû pousser dans la voiture une copine qui était en train de black out et qu’en même temps le gars qui avait cassé la vitre de la douche coulait un bronze sur le toit de la dite voiture en marche, au milieu de la rue.
Je n’ai jamais pardonné à mon petit copain de m’avoir laissée tout gérer et c’est en partie pour ça que je l’ai quitté deux mois plus tard. Je n’ai pas vu depuis longtemps la plupart de ces personnes que j’avais invité à mon anniversaire il y a dix ans, parce qu’on grandi, on commence à bosser et chacun continue sa vie, mais surtout parce que l’année suivante j’ai fait mes valises et je me suis cassée au delà de la frontière.

Finalement je suis contente d’avoir organisé cette fête désastreuse, parce que ça fait une histoire à raconter et une leçon apprise: méfie-toi de tes amis. Ou c’était pas ça qu’il fallait retenir ?


Peut-être que dans dix ans je vais rigoler d’avoir eu le covid pour mes 29 ans. Je remercie mes ami.es qui m’ont pas oubliée aujourd’hui et qui m’ont envoyé des super collages d’anniversaire. Vous êtes les highlights de ma journée!
Maintenant je vais aller réchauffer ma soupe, allé bisous.

Je ne sais pas tenir un blog

Voilà deux semaines qu’il ne se passe rien sur ce blog, alors que je m’étais promise d’y écrire une fois par semaine.
Je me fatigue de moi-même, sincèrement, parce que c’est toujours la même histoire: je n’ai aucune discipline! J’ai beau essayer de m’imposer un rythme et de m’organiser à l’avance, je me perds trop facilement.


La semaine dernière, je m’étais posée devant ma page blanche le jour exact à l’heure exacte où j’étais censée être là (« vendredi, 15h30: blog », c’était ce que j’avais marqué dans mon agenda). Alors j’étais très bien sur la ponctualité, mais le problème était ailleurs.
« Putain j’ai pas envie », j’ai dû avouer devant ma feuille vide. Par conséquent, je n’ai rien écrit.

Ce n’était pas une flemme assumée, je sentais des picotements me ronger le cerveau, comme à chaque fois que je suis partagée. Mon cerveau était en proie au conflit habituel entre devoir et plaisir. Devrais-je écrire quand même, même si je ne suis pas inspirée, tout simplement parce que j’ai dit que j’allais tenir un blog ou alors je devrais m’en battre les couilles, parce qu’il y a déjà assez d’obligations dans la vie et qu’il ne faudrait pas s’en ajouter une, surtout que ça devrait être un plaisir?
Je n’ai pas pu choisir, comme d’habitude. J’ai essayé, je vous le jure, de prendre UNE de ces deux positions, mais j’ai fini par mélanger les deux, en choisissant de ne pas écrire et de culpabiliser derrière…

Cette semaine, la même situation s’est re-présentée.
« Putain j’ai pas envie » j’ai à nouveau remarqué.
« Il y a un pattern qui revient », je me suis dit.

Pour être honnête, je crois que j’ai ouvert ce blog parce qu’écrire un roman est un exercice trop frustrant pour quelqu’un avec un égo fragile comme le mien. Le fait de bosser pendant des mois seule devant mon ordi sans pouvoir partager régulièrement le fruit de mon travail avec la terre entière me frustre énormément. Surtout depuis que j’ai compris que ça va encore durer longtemps, cette histoire de roman…Alors je m’étais dit que j’allais pouvoir partager autre chose pour rappeler au monde que j’existe et que je continue de faire des choses, mais maintenant que je suis sur le terrain, ça me gonfle.

Il faut peut-être que je me rends à l’évidence, c’est à dire que blogger ne me plait pas plus que ça. En fin des comptes, je ne suis pas faite pour travailler dans ce format. Il faut publier souvent et régulièrement, autour d’un sujet précis. Le sujet de ce blog étant le fait que je ne sais pas vivre, je me rends compte que ce post mérite sa place sur ce mur d’inaptitude. C’est une maigre consolation, mais c’est déjà ça.