POP CULTURE : « RĂ©volte consommĂ©e » de Joseph Heath et Andrew Potter

« Tel que nous l’avons conçu au dĂ©part, ce livre relĂšve avant tout de l’histoire des idĂ©es – il retrace la gĂ©nĂ©alogie du concept de contre-culture, explique comment celui-ci est nĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1950 puis s’est renforcĂ© dans les annĂ©es 1960, et rĂ©vĂšle son influence sur la gauche, en particulier sur le mouvement anticonsumĂ©riste du dĂ©but du XXIe siĂšcle. »

Révolte Consommée, Préface à la nouvelle édition française

Cette critique de 352 pages porte sur l’analyse du discours et du comportement contre-culturel, se proposant de dĂ©montrer comment, malgrĂ© tous ses efforts pour se montrer subversive, la contre-culture a Ă©tĂ© inefficace dans sa lutte contre le capitalisme, tout en contribuant massivement Ă  son dĂ©veloppement.

RĂ©volte consommĂ©e, L’ÉchappĂ©e, 2020.

Selon les auteurs, la contre-culture a boostĂ© l’individualisme au dĂ©pens de l’action collective, le retranchement utopiste aux frais des revendications rĂ©formistes plus modĂ©rĂ©es et rĂ©alistes, le mĂ©pris des institutions en bloc, la crĂ©ation de nouveaux segments de marchĂ© et l’exaltation de tout type de consumĂ©risme. C’est bien le constat portĂ© par les deux auteurs – l’un professeur de philosophie Ă  l’UniversitĂ© de Toronto et l’autre spĂ©cialiste de philosophie politique et Ă©tudes culturelles Ă  l’Institut d’Ă©tudes canadiennes de McGill – un point de dĂ©part intĂ©ressant, caustique, qui donne envie de se plonger dans ce livre pour suivre l’argumentation de ces auteurs plus en profondeur. Pour celles et ceux qui s’imagineraient des vieux rĂ©acs poussiĂ©reux derriĂšre cet Ă©crit un peu blasĂ© et par moments provocateur, c’est surement intĂ©ressant de savoir que l’un des deux auteurs se dĂ©clare comme Ă©tant un ancien punk.

C’est pour qui?

Geeks d’Ă©tudes culturelles,
contre-culture et
scĂšnes musicales underground.

De fringues, de musique et de mecs, de Viv Albertine

De fringues, de musique et de mecs est la premiĂšre autobiographie de Viv Albertine, guitariste du groupe punk fĂ©minin The Slits. La traduction de l’anglais est d’Anatole Muchnik.

De fringues, de musique et de mecs est la premiĂšre autobiographie de Viv Albertine, guitariste du groupe punk fĂ©minin The Slits. La traduction de l’anglais est d’Anatole Muchnik.



NĂ©e en Australie de parents immigrĂ©s, Viviane Albertine arrive Ă  Londres en bateau Ă  l’ñge de quatre ans pour que sa famille s’installe chez sa grande-mĂšre dans les quartiers Nord de la ville.
Elle se balade dans la rue les pieds nus avec ses copines pour emprunter des disques et les Ă©couter chez elle. PassionnĂ©e de musique, elle n’imagine pas pour autant en faire elle-mĂȘme.

«  Chaque fibre de mon corps trempait dans la musique, mais l’idĂ©e que je puisse faire partie d’un groupe ne m’effleurait pas, mĂȘme pas en rĂȘve – pourquoi l’aurais-je imaginĂ© ? Qui l’avait fait avant moi ? Personne Ă  qui je puisse m’identifier. Aucune fille ne jouait de la guitare Ă©lectrique. Et encore moins une file banale comme moi Â».

Viv Albertine
De fringues, de musique et de mecs, Buchet Chastel, 10/18, 2017


Adolescente aventureuse et affamĂ©e d’expĂ©riences, elle frĂ©quente les concerts et festivals londoniens, assistant entre autre aux premiĂšres scĂšnes de David Bowie ;  elle fait du stop avec sa copine jusqu’à Amsterdam, oĂč elle attrape les morpions dans un squat.
Elle dĂ©cide de s’inscrire en Ă©cole d’art, mais aprĂšs un Ă©chec douloureux, elle se retrouve Ă  travailler au pub Dingwalls Ă  temps plein. Le status de serveuse ne l’enthousiasme pas, mais lui permettra quand mĂȘme de gagner un salaire et de s’acheter des fringues. Viviane aime les fringues, mais elle ne trouve pas forcĂ©ment son bonheur Ă  Londres. Elle Ă©conomise pour pouvoir s’acheter des belles piĂšces chez SEX, la boutique fĂ©tichiste tenue par Malcolm MacLaren et Vivienne Westwood, Ă©picentre du milieu punk londonien Ă  la fin des annĂ©es 70.

DĂ©cidĂ©e Ă  faire quelque chose de sa vie, elle annonce Ă  sa mĂšre qu’elle veut monter un groupe et se rend au magasin d’instruments musicaux avec son ami Mick Jones – guitariste de The Clash – pour acheter sa premiĂšre guitare, une Les Paul Junior, qu’elle paiera avec le modeste hĂ©ritage reçu Ă  la mort de sa grand-mĂšre.

Viviane vit Ă  ce moment lĂ  dans un squat avec un pote. Ils n’ont pas beaucoup de confort, ni de tĂ©lĂ©phone, mais quasiment personne n’a de tĂ©lĂ©phone Ă  cette Ă©poque-lĂ , alors elle doit faire la traversĂ©e de Londres en bus et toquer Ă  la porte des filles qu’elle sait jouer d’un instrument, pour leur proposer de monter un groupe ensemble. Un jour qu’elle se balade avec Mick Jones, ils croisent leur pote Johnny Rotten avec un certain Sid Vicious, qui se montre intĂ©ressĂ© au projet de groupe de Viv et se propose de l’aider : ensemble, ils fonderont les Flowers of Romance. Ce n’est que le dĂ©but de l’aventure punk de notre protagoniste, qui aprĂšs ĂȘtre exclue de cette premiĂšre formation, ne lĂąche pas son rĂȘve et fonde The Slits.

Viv Albertine est surtout connue pour avoir Ă©tĂ© guitariste des Slits, aux cĂŽtĂ©s de la talentueuse Ari Up, de Tessa Pollitt et Paloma Palmolive Romero (qui jouera aussi dans The Raincoats), mais le groupe se sĂ©pare en 1982, laissant Viv avec le cƓur brisĂ© et aucun revenu. Elle rentre vivre chez sa mĂšre, dans sa petite chambre tout en haut d’une barre HLM. Elle dĂ©prime pendant deux ans et finalement trouve une consolation dans l’aĂ©robic, popularisĂ©e ces annĂ©es-lĂ  par Jane Fonda. Une fois requinquĂ©e, Viv s’inscrit en Ă©cole de cinĂ©ma pour apprendre la communication par les images. Par la suite, elle travaillera dans des agences crĂ©atives et mĂȘme pour la BBC, en vivant « la vie des annĂ©es 80 Â».

MalgrĂ© sa rĂ©ussite dans sa nouvelle carriĂšre, Viv se sent seule et cherche l’amour. Elle le trouvera Ă  trente-six ans, quand elle Ă©pousera son Motard, avec le projet de faire un enfant, mais elle n’était pas prĂȘte pour la suite. Des annĂ©es sombres suivent, dans lesquelles Viv essaie de sortir d’une profonde dĂ©pression tout en assurant son nouveau rĂŽle de mĂšre. Elle s’est presque accommodĂ©e de cette vie, quand arrivĂ©e Ă  la cinquantaine elle retrouve doucement confiance en sa puissance crĂ©ative et se met Ă  Ă©crire des nouvelles chansons qui parlent des piĂšges de la maternitĂ© et de sa vie de femme au foyer. Elle portera son rĂ©pertoire sur scĂšne, en dĂ©fiant soi-mĂȘme et aussi ces hommes qui n’ont pas su croire en elle, son pĂšre, son ex-mari et tous les bonhommes qui l’ont huĂ©e pendant sa tournĂ©e des pubs.

Dans une review aprĂšs l’un de concerts solo de Viv Albertine, Carrie Brownstein de Sleater Kinney se dit chanceuse d’avoir assistĂ© Ă  une vraie manifestation de courage. Face Ă  une femme mĂ»re, seule avec sa guitare, chantant son amertume de la maternitĂ© et du mariage, elle a une rĂ©vĂ©lation: «Comme l’a rĂ©sumĂ© un ami :  « C’est l’un des trucs les plus punks que j’aie jamais vus. »Â»

C’est pour qui?

Punks, artistes, fashionistas,
àmes téméraires et gros caractÚres.