« Quand on se bagarre contre une dépression, on en sort pour y retourner. C’est pratique pour l’écriture »

Alors, depuis que mon Autre Signifiant (mon dieu que c’est moche traduit en français) m’a fait découvrir l’existence d’Alexandre Astier, je suis obsédée.
« Je savais que tu allais aimer! », il m’a dit quand je lui ai demandé de bingewatcher Kaamelott ensemble avant la sortie du premier film.
Cet univers là me parle. La désacralisation d’une légende, le franc parler, la famille dysfonctionnelle, la recherche d’un sens qui échappe constamment…

Découvrir un artiste français au fond dépressif qui veut tout gérer de sa création, de l’écriture à la musique, ça ne m’arrive pas tous les jours! Et quand je suis obsédée, je le suis vraiment. Il faut que je sache tout. Il faut que je fasse le tour pour pouvoir passer à autre chose.
Alors hier j’ai fait une recherche et lu plus ou moins toutes les interviews d’Astier qui se sont affichées sur mon écran. Dans une de ces interviews, il dit:  » (…)quand on se bagarre contre une dépression, on en sort pour y retourner. C’est pratique pour l’écriture… ». Ça m’a frappée. Pas violemment, juste comme si on me tapotait sur l’épaule en signe d’empathie.

Une dépression, quand on en sort, on la tient dans ses mains et on l’observe, en se demandant ce qu’on va en faire, de ce fagot de vieux sentiments inconfortables. C’est comme un déchet radio-actif, ça se jette pas n’importe comment. Et c’est vrai qu’une dépression « c’est pratique pour l’écriture« . Si je n’étais pas une angoissée dépressive, je ne sais pas ce qui m’inspirerait à faire des choses.

Quelques mois avant le confinement on était à Lyon avec mon chéri (ça aussi je trouve ça à chier comme appellatif j’ai l’impression d’avoir quarante ans) pour je ne sais plus quelle raison et en passant devant son ancien appartement, nous avons décidé de sonner, voir si son ancien coloc A. était là, histoire de faire un coucou.
Il se trouve que A. était là et que nous nous sommes retrouvés boire un coup ensemble dans le vieux salon plein de souvenirs plus ou moins flous de vieilles soirées, pré-soirées, afters…mais tout ça date de l’époque où je pouvais encore boire sans faire une crise d’eczéma derrière (trop de glamour dans ma vie).
On prend les nouvelles, parce que ça fait longtemps qu’on s’est pas vu. On se raconte comment ça va, sur quels projets on travaille en ce moment et je ne me souviens plus comment ça arrive sur la table, mais je finis par dire que je suis toujours en train d’écrire mon roman et que c’est un peu compliqué. A. est très fort en écriture, c’est un peu son boulot, et même si on ne fait pas vraiment la même chose, ses yeux ont brillé quand j’ai avoué être coincée à un point au milieu de l’histoire.
« Je connais ça, attends » il m’a dit en se levant et en sortant du salon. Il est revenu quelques secondes plus tard avec un bouquin et il m’a dit: « Je te le prête, lis-le, tu vas voir ».
Alors, autant je reconnais à la littérature et à sa lecture un pouvoir immense, autant je suis vraaaaiment sceptique vis-à-vis des bouquins qui te promettent qu’après les avoir lu ça ira mieux.
Pendant que A. feuilletait le livre en me racontant à quel point ça avait été utile pour écrire sa série documentaire, je me disais: « Mouais ».
« C’est un livre sur l’écriture de scénario, mais en vrai ça marche pour n’importe quel type d’histoire », il m’expliquait.
Il me parlait technique, construction, enchaînements et moi qui étais habituée à écrire impulsivement, la nuit, en étant dans un état second (mais constamment blasé) comme dans le plus gros des clichés, j’écoutais, tout en doutant que ce livre puisse m’aider.
Mais j’ai quand même du mal à ne pas être intriguée par des choses qui suscitent tant d’enthousiasme chez des gens que j’apprécie et si ce livre avait emballé A. à ce point, j’allais quand même y jeter un coup d’oeil…
Le livre en question est « L’anatomie du scénario » de John Truby et je ne remercierai jamais assez A. de me l’avoir prêté: il avait raison, ça a vraiment changé la donne. Je l’ai lu en faisant les exercices au fur et à mesure, et la situation s’est débloquée. Ça n’a pas été facile, parce que j’ai dû me résoudre à recommencer le travail depuis le début, tabula rasa, et depuis, je ne me suis pas arrêtée d’écrire.

Je raconte pas ça pour rien, c’est que je voulais expliquer un truc à propos de la dépression d’artiste: c’est pratique pour l’écriture, une dépression, mais il faut y retourner avec un peu de méthode. Sinon ça ne donne rien.

Alors, il y a des gens qui sont méthodiques à la base(la chance!) et d’autres qui ne le sont pas du tout(coucou c’est moi!).
Ou mieux: ce n’est pas vrai que je ne suis pas méthodique, c’est que ma méthode change constamment parce que je m’emmerde vite des routines – ce qui n’est pas négatif en soi, mais ça a ses limites.
Le fait d’écrire impulsivement dans un état second au clair de lune, par exemple. C’est une limite. On ne peut pas écrire un roman dans cet état, ou au moins pas que. On peut rédiger ses chapitres comme ça, mais pour tout le travail en amont, il faut être lucide et raisonnable.
On ne peut pas s’attaquer à un roman sans aucune stratégie d’organisation faite à priori. C’est clair, ça sonne pas poétique, ça nourrit pas la légende de l’artiste farfelue, de passer des heures à faire des fiches pour les personnages ou des schémas pour faire aller tout ensemble, mais il faut s’y coller, sinon ça marchera pas. Une histoire n’est pas une succession de faits à la zob, même quand cela paraît être le cas. Il y a toujours une idée derrière, autour de laquelle l’histoire est construite. J’ai écrit pendant 4 ans dans le vide, avant de me rendre à ce fait.
C’était ça qu’il me manquait: le But. Je voulais en venir où? On ne peut pas écrire sans savoir ce qu’on dit et voilà pourquoi je suis restée aussi longtemps bloquée au milieu, sans trop savoir comment continuer.



Cette phrase d’Astier qui m’a tant marqué, m’a rappelé qu’il ne s’agit pas de retourner dans sa dépression passée en espérant que ça donne quelque chose de beau et d’artistique comme par magie. C’est utile de retourner dans sa dépression quand on en a tiré ses propres conclusions pour soi et qu’on souhaite transmettre un message grâce à elle.
Dans ce sens « L’anatomie du scénario » ne m’a pas seulement aidée avec mon roman, ça m’a aussi aidée à comprendre ce que je voulais dire, ce que j’avais tiré de la dépression qui m’a poussée à me mettre à écrire cette histoire.

Bref, c’est fini pour la branlette mentale de cette semaine.
Catch you lateeeeeer!

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