Un nouveau mix et quelques mots sur mon roman en cours

Il y a une dizaine de jours, Meteo m’a contactée pour me proposer d’enregistrer un mix:

En étant la meuf la plus nostalgique du monde, évidemment je suis toujours partante pour ce genre de truc, alors c’était vite plié et le mix sort aujourd’hui. Mais ce serait dommage de balancer ça sans aucune explication, parce que cette sélection, bien qu’elle soit nostalgique, elle est tellement bien encastrée dans ma vie en ce moment que ça mérite d’être décortiquée un peu.

Le mix en soi est pratiquement un échantillon choisi de la playlist qui tournait dans mon iPod (R.I.P.) en 2012. De tous les choix possibles j’ai pris cette époque et pas une autre, parce qu’en ce moment je passe beaucoup de temps à me remémorer cette année là, et pas pour rien! Si vous suivez un peu mes stories vous savez que j’écris un roman depuis quelques mois (en vrai depuis 2015, à phases alternes) et que je passe des nuits devant mon ordi à moitié défoncée en me maudissant d’avoir commencé ce truc (n’écrivez jamais un roman – à moins que vous haïssiez votre vie, alors allez-y)…et bien l’histoire que j’écris a eu lieu entre 2011 et 2013 et étant inspirée de faits réels – j’ai de plus en plus de mal à prétendre que l’héroïne italienne en Erasmus à Lyon c’est juste un choix hasardeux – il se trouve que la musique a beaucoup accompagné les événements racontés, des fois elle les a même provoqués en premier lieu.

Alors, 2012 c’était une année charnière pour moi, principalement parce que c’est à ce moment là que j’ai voulu partir en Erasmus dans une tentative assez radicale de m’extirper de la vie que j’avais connu jusque là et de me retrouver dans une grande ville où je ne connaissais rien ni personne.
Une année Erasmus était la solution la plus immédiate que j’avais trouvé pour me casser: j’avais envie de prendre de l’air loin de tous les traumatismes cumulées dans la campagne provinciale où j’ai vécu les 20 premières années de mon existence et puis bien évidemment, je voulais mettre la main sur ce que je n’avais pas, comme tout le monde. Dans mon cas c’était la ville et le glamour qui va avec, la nightlife, l’indépendance. Il y avait un truc qui me gonflait dans le fait de vivre chez mes parents, de connaître tout par coeur dans le rayon de 20 km autour de ma maison et surtout ça me gavait qu’il n’y ait rien à faire le soir à part se saouler à mort, et se saouler à mort, quand on commence à 15 ans, on fait vite le tour et à vingt ans ça ne suffit plus depuis un moment. L’ennui c’est un vrai problème chez moi. On s’emmerde tellement dans les campagnes lombardes que les gens commencent à fumer l’héroïne au lycée.
Ma déprime de circonstance s’était légèrement améliorée quand j’ai eu mon permis, parce que je pouvais enfin aller en soirée quand je voulais, mais il me fallait conduire jusqu’à Milan et si c’était pas moi c’était mon copain ou mes copines, alors on ne pouvait jamais s’amuser tous ensemble parce qu’il fallait toujours que l’un d’entre nous reste sobre pour conduire au retour. Il y avait toujours ce décalage entre nous, le retour à prévoir et l’essence à payer et la plupart de mes potes n’aimaient même pas aller en soirée. Eux ce qui les intéressait, c’était boire et fumer des spliffs, ils bronchaient quand il fallait payer l’entrée en club parce que cet argent là pouvait être mieux dépensé, c’est à dire au bar. Tous les weekends on se retrouvait dans une brasserie artisanale différente et moi j’enchaînais les crises existentielles à répétition parce que mes amis se comportaient comme des trentenaires basiques avec dix ans d’avance.

MON MOOD DE BASE EN 2012

Heureusement il y avait ma copine Paola Villa aka yo.soy.paula, qui ne buvait pas, ne fumait pas et qui aimait faire la teuf autant que moi. La moitié de ce qu’il y avait dans mon iPod venait directement de son ordinateur. Paola écoutait beaucoup d’électro à l’époque, alors que moi je commençais à digger bass music. À Milan il y avait principalement de l’électro-house et de la techno à ce moment là, le tout dans un esprit fun et trash, mais avec la courte hype dubstep arrivée avec Skrillex il commençait à y avoir quelques soirées bass au Magnolia, en plus des omniprésents line up drum’n’bass du Leoncavallo.

À cette époque là j’allais à la fac, ou mieux: j’étais censée aller à la fac mais je n’y allais pas et à la place je faisais un stage au secrétariat de l’école de théâtre où je venais de me diplômer. J’avais accepté ce stage payé 200 euros par mois parce que j’en avais ras le cul de travailler le soir dans les bars et faire fermeture à 3 h du mat tous les week-ends – ça m’empêchait d’aller en soirée – et tout ce que je gagnais au théâtre partait en essence, en weed et en conso bar dans les parties milanais. D’ailleurs ma collègue costumière était en coloc avec l’un des orgas les plus connus de Milan et elle avait commencé à me faire entrer gratos partout.
Il n’y avait qu’en soirée que je me sentais à peu près bien dans mon environnement et que mon angoisse de la vie disparaissait pendant quelques heures. Il y a quelques semaines le directeur des urgences sanitaires de l’OMS demandait aux jeunes s’ils avaient vraiment besoin d’aller à cette fête et sans vouloir m’emmerder avec un débat covid, en étant consciente que ça ne sert à rien d’expliquer les choses aux gens qui ne voient pas l’intérêt à la base, je me suis aperçue qu’avec le fait de fermer les clubs et interdire les soirées, le type de socialisation que j’ai privilégié pendant la dernière décennie a été aboli, me poussant à réfléchir à pourquoi les soirées étaient si importantes pour moi, au début de ma vingtaine.
Je crois que la musique était et reste la première raison. Sans ça, je ne vois pas pourquoi je me serais renfermée dans une salle sombre tous les weekends pendant des années. La musique était importante en tant que telle, mais aussi parce que, tout comme le manque de lumière, ça cachait plein de choses qui sont d’habitude exposées à la vue de tous en dehors de ce contexte, des choses qui me mettaient mal à l’aise. En club la musique couvre la conversation, l’obscurité te permet de disparaître si tu veux tout en étant là, les échanges sont volatiles et fragmentés, te donnant la possibilité de fuir quand tu en as besoin, l’état altéré des gens rend tout plus fluide et léger. C’est pas une connerie quand on dit qu’en soirée généralement on trouve des libertés qui n’existent nulle part en dehors de ce contexte particulier. Et je dis « généralement » parce que c’est un peu plus compliqué que ça, mais j’en parlerai peut-être une autre fois.

En 2012 je suis donc arrivée à Lyon avec mes valises et mon iPod rempli de bangers, avec une priorité: trouver les bonnes soirées.
J’ai erré pendant un bon mois et demi avant de pouvoir constituer le carnet d’adresse qu’il me fallait. Entretemps, je me suis tapée des soirées Erasmus épouvantables, j’ai été agressée par des mecs bourrés, je me suis retrouvée dans des bastons improvisées, le tout en essayant de ne pas perdre de vue mon coloc toulousain, qui devenait hyperactif quand il buvait. J’ai composé ce mix en me revoyant me déhancher dans la foule, dans une salle sombre sous les lumières intermittentes, l’éternel gobelet consigné à moitié plein de vodka redbull à la main. Au Magnolia, au Plastic, aux Magazzini Generali, au Gazoline, au Transbo, au Ninkasi Kao, au DV1, à la Marquise, à l’Interface: peu importe. La musique était celle là.
C’est comme ça, en allant de soirée en soirée, que j’ai rencontré la plupart les personnages du roman que j’écris et, au passage, tous les gars que j’ai pécho – y compris mon copain actuel.

Moi j’avais un faible pour les djs. Comment on appelle ça, une michto? Une starfuckeuse? Anyway, pas tous les djs, seulement ceux qui passaient les sons que j’aimais. Je parle au masculin parce que je n’avais pas encore vu de femme mixer. Je ne sais pas si ça aurait changé la donne, si j’aurais eu un déclic plus tôt en voyant une meuf derrière les platines. Peut-être. Ou alors j’aurais voulu la pécho également, c’est tout aussi probable. Dans tous les cas, je ne savais pas pourquoi j’étais excitée par les djs et j’ai compris un peu plus tard que c’était parce que je voulais être moi-même dj. Je voulais être sur scène, en train de passer du son et faire danser les gens, mais comme je ne savais pas encore que je pouvais le faire, j’essayais de m’approcher le plus possible de ça, en couchant avec mon propre fantasme. Tous ces mecs qui m’ont ghostée comme une merde ont cru que je m’intéressais à eux, enfin, moi aussi je l’ai cru, alors que mon inconscient essayait juste de me faire passer un message: « Apprends à mixer, bordel de merde. Sors toi les doigts du cul « .

Et du coup au bout d’un moment je me suis rendue compte que je pouvais vraiment le faire. Pourquoi pas, en fait. Fallait juste commencer.
J’ai longtemps eu peur de l’écran de Traktor avec ses spectres colorés qui défilaient et tous les boutons, potards, faders, effets. C’était intimidant, mais j’ai fini par apprendre et aujourd’hui je fais tout ce que les gars que j’admirais faisaient et qui m’impressionnait. Enfin, je ne mixe pas sur vinyle, mais j’arrêterai jamais de le dire: j’ai pas envie d’apprendre et j’en ai rien à branler. Avant je pouvais tomber pour n’importe quel naze avec un contrôleur, mais plus aujourd’hui: démystifier la technique m’a permis de comprendre ce qui est important pour moi, de développer mon style et de l’assumer.

C’était drôle de mixer ces tracks que j’écoutais à une époque où je les écoutais seulement, en dansant sur le dancefloor ou dans ma chambre avec mes écouteurs. Ce mix que j’ai nommé « Erasmus Nostalgia 2012 » ne dure qu’une demi heure, c’est tellement peu par rapport à toutes les tracks que j’aurais voulu passer! Mais quand mon roman sera publié, j’espère que quelqu’un en fera un film, et je ne vendrais les droits que si on me laissera le dernier mots sur la BO (et sur le casting), (et je veux être co-réalisatrice). Mais ça c’est moi qui rêvasse comme d’habitude. Il faut encore que je le termine, ce roman, alors j’y retourne. Entretemps, je vous souhaite une bonne écoute et j’espère que ce mix vous évoquera des bons souvenirs ❤



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