Marion Bornaz, perspectives devant l’objectif

Marion Bornaz nous a raconté son travail et son parcours dans la photographie à l’occasion de l’événement “Convergences: Art, Féminisme” qui a eu lieu le 8 Mars 2020 au Flâneur Guesthouse.

Salut Marion, tu peux te présenter en quelques phrases?

Hello, je suis Marion, je coche beaucoup de cases de la trentenaire citadine et je suis photographe. Une activité que j’occupe de trois façons différentes, bien que celles-ci se rejoignent parfois : la commande / les cours ou ateliers artistiques / le travail personnel. A propos de ce dernier, je peux dire que j’aime particulièrement la couleur, que je construit des récits dans le temps, à partir de la vie, de ce qui m’entoure. Des choses ou des gestes assez banals.

Comment tu t’es approchée de ton médium de choix? C’était un déclic? Ou plutôt un parcours progressif? 

Je pourrais te dire qu’à l’âge de 7 ans j’ai eu mon premier appareil blahblah… mais en vérité cela a été (et est encore) un long parcours fait de prise de conscience / d’autorisation à s’accorder à soi-même / de sauts dans le vide (car ce n’est pas mon premier métier et j’y suis arrivée tardivement) / de persévérance / d’apprentissage constant / de rencontres / de précarité économique et de moments où ça va mieux etc etc… c’est à la fois merveilleux et parfois un peu dur, mais j’apprécie à sa juste valeur le fait de vivre de quelque chose qui me plaît.

Qu’est-ce qui est né avant, l’art ou le féminisme, chez toi? Comment ils se sont rencontrés dans ton travail?

Hum… j’ai beaucoup de mal à me considérer comme une artiste mais à vrai dire je m’en fiche un peu. Par contre féministe, oui, convaincue. Pour autant, je ne crois pas que mon travail porte un quelconque discours là-dessus même si je fais apparaître beaucoup de figures féminines dans mes photos. Comme dans la vie, je suis d’avantage inspirée par les femmes qui m’entourent et qui me sont proches. Je les observe, les regarde évoluer, je suis souvent impressionnées par elles. Peut être un peu comme dans mes photos où je me raconte beaucoup d’histoires. La réalisatrice Céline Sciamma a dit “Je ne suis pas femme par la façon dont je regarde le monde mais par la façon dont irrémédiablement, on me regarde et on me renvoie à ça”. Je n’ai rien contre le fait qu’une œuvre revendique son positionnement féministe, au contraire, mais personnellement, je n’ai pas envie que mon travail devienne l’étendard du mien. Malheureusement en tant que femme, on te renvoie souvent à ça ou au fameux “regard féminin”, ce qui est insupportable.

Tu fais partie d’un collectif, Dynastits, tu es dj, tu as organisé des événements: tu es un peu sur tous les fronts! Comment tu gères dans la pratique, toutes ces activités? 

C’est très simple : j’ai tout arrêté !
Je me suis occupée d’une salle de concert pendant un peu plus de huit ans, j’ai une grosse passion pour la musique. J’ai commencé à mixer dans ce cadre, puis quand j’ai arrêté mon boulot, j’ai continué et nous avons lancé le collectif Dynastits pour organiser des événements et des concerts. Dans cette période de transition j’étais à 200% , je voulais tout mener de front et c’était certainement une manière de ne pas lâcher le milieu musical. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de creuser le sillon de la photo, aller plus loin dans ma pratique et ce n’est pas cumulable avec le reste (plus le fait que j’aime beaucoup trop ne rien faire chez moi). Néanmoins je mixe encore un peu en solo sous le nom de Maria Rockmore ou avec mon binôme Femmes aux Fourneaux. 

Quelles sont les thématiques et les débats qui t’intéressent le plus concernant le féminisme?

Hum… la notion privilège en fait. Privilège des hommes sur les femmes, ok la base. Puis avec le féminisme intersectionnel on se met à parler des privilèges de classe, de races, de genre… Je trouve cette notion importante, car elle te pousse à te mettre à la place de l’autre, à comprendre un problème systémique à partir d’expériences très concrètes du quotidien, mais aussi de données chiffrées (on ne parle pas de cas isolés). Je m’intéresse aussi beaucoup aux masculinités, j’ai envie de comprendre comment le patriarcat agit aussi sur eux. Je n’attends rien des hommes, ça bouge beaucoup trop doucement de leur côté. Néanmoins, il y a quelques discours qui commencent à se faire entendre alors… Et puis la sexualité ou encore la capacité des femmes à être violentes… c’est un puits sans fond ta question. 

Parle-moi des photos que tu as choisi d’exposer pour cet événement. Ces photos racontent une histoire. Raconte-moi cette histoire!

C’est un diptyque en noir et blanc. Je travaille plutôt en couleur mais cela fait deux ans que j’embarque avec moi un petit compact argentique pour pouvoir faire des photos plus facilement et je le charge souvent avec du noir et blanc (j’ai envie de revenir en labo). Bref. Comme toute féministe qui se respecte j’ai lu le livre de Mona Chollet “Sorcières, la puissance invaincue des femmes”, et quand tu m’as parlé de ton projet d’expo, j’ai tout de suite pensé à ces deux images. La personne sur cette photo est une vraie guerrière, et je pèse mes mots. C’est aussi un petit clin d’oeil que je lui fais. Mais on a pas besoin d’en savoir plus, je crois qu’il ne faut pas chercher à trop faire parler les images. J’aime bien suggérer plutôt que dire aux gens ce qu’ils doivent voir ; on a une femme qui nous dit “va te faire foutre” et un animal totem qui surgit dans un environnement nocturne. Je laisse les spectateur-rices imaginer ce qu’iels veulent à partir de ça ! 

En matière d’engagement féministe, qu’est-ce que tu aimerais voir, ou faire, à l’avenir, à Lyon?

Je suis plutôt casanière, sage et discrète (le patriarcat a bien œuvré sur moi!) alors je me garderais de trop m’avancer sur la question; mais j’aime paradoxalement la radicalité car elle bouscule mes horizons. Alors oui, j’aimerais voir de la radicalité dans la rue (et promis, j’essaierai de ne pas la regarder que du balcon). 

Suivre Marion: 
www.marionbornaz.com
Insta: @marion.bornaz

Lire aussi: Natalia Paez Passaquin retrace l’histoire des femmes dans l’imprimerie française

Une réflexion sur « Marion Bornaz, perspectives devant l’objectif »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s